La perception de la caricature politique

Baran Sarigul, un examinateur des caricatures turcs,écrit : «La caricature est pareil au gamin qui peut attaquer n’importe quoi». En Arménie actuelle, ce genre esten augmentation grâce aux caricatures politiques de Medialab, qui a rassemblé autour de lui un groupe de dessinateurs chevronnés et novices, qui afficherégulièrement des caricatures sur le site et perpétue la tradition de la caricature en Arménie.

La caricature politique a un lien avec plusieurs autres moyens de communication. Et bien qu’il soit souvent assimilé à eux parfois de manière juste, il existe plusieurs caractéristiques qui rendent ce genre différent de ses zones « cœur » environnantes. En discutant de ces différences et similitudes, le rôle de la caricature politique sera redéfini en affinant ses fonctions et caractéristiques dans la situation actuelle en Arménie. La caricature est-elle une mauvaise intention ou une interprétation subjective à tendance pour des raisons de précision du message, un art ou une partie de la culture populaire ?

La caricature politique travaille main dans la main avec les médias. De nos jours, les médias nourrissent la caricature de deux manières. Premièrement, ils donnent au dessinateur des thèmes, le dessinateur imagine ou commente des thèmes actuels. À cet égard, la caricature joue le rôle de média alternatif. Ce n’est pas par hasard que les caricatures de Medialab côtoient les informations, comme de nombreux magazines prestigieux consacrant des pages distinctes à la caricature. Deuxièmement, les médias font des caricatures compréhensibles pour leurs destinataires.  Si une personne n’a pas été informée des dernières nouvelles, il est difficile de comprendre la caricature du jour. En transmettant ou commentant une nouvelle, la caricature nécessite des connaissances préalables.

Dans l’un de ses articles Mikhail Bakhtine écrit que dans les folklores des peuples anciens à côté des cultes sérieux ils existaient des cultes ridicules qui se moquaient et méprisaient la divinité, à côté des légendes sérieux ils existaient des légendes ridicules et critiquant, à côté des héros – leur imitateurs ridicules. De même, la caricature est une alternative aux informations sérieuses, aussiprécise que possible, contrastant avec des informations et des analyses dépourvues d’émotion et d’imagination de l’auteur.

Si les médias couvrent les nouvelles, la caricature politique ne fait que les attaquer. L’un rapporte, l’autre le joue et a la fin tous les deux influent l’opinion publique. L’attaque sur les nouvelles s’organise comme suit : le caricaturiste choisit sélectivement, on peut le dire,«lâchement» prend toute nouvelle, nécessairement actuelle, et produit un message humoristique. En «envoyant au diable» l’objectivité des médias, le caricaturiste reçoit d’un sujet neutre quelque chose « pauvre de neutralité », coupe partiellement la nouvelle, enlève les détails inutiles, ajoute et exagère partiellement, même dans les parties méconnaissables, inaccessibles, il invente et, de préférence, diverti. En particulier, «NarekSargsyan, le fils d’Alexander Sargsyan, frère du troisième président de la République d’Arménie, a été retrouvé, a annoncé le service de presse de la police. Au moment de sa découverte, il avait présenté le faux passeport d’un citoyen guatémaltèque, avec les informations personnelles de Franklin Gonzalez», la nouvelle neutre métamorphosé en caricature «Le gang de Gonzalez» de Vahe Nersesian, où le fait sec annoncé par les médias, est assaisonné par des nouveaux détails, enrichi par des exagérations et introduit par de nouveaux personnages hors nouvelle. Cette caricature est une histoire basée sur une nouvelle, libérée du côté sérieux du fait, démontrant l’attitude de l’auteur, l’animation despersonnages animés et la simplification.

Une telle«perversion» et déformation de l’information, exagération arbitraire et manque d’impartialité au point cèdent la place à un plaidoyer entre la caricature et la presse jaune, mais contrairement à cette dernière, la caricature est fondée sur le vrai ou le non-vrai et joue le vrai. L’astuce est subtile et est dans les détails. Pour une caricature, la nouvelle semble incomplète et doit être imaginée. Par exemple, la caricature «Boite aux lettres musicale» est imaginée. Sur la photo on voit la téléspeakerine du programme télé du même nom qui a reçu une lettre d’un Vladimir habitant la Russie (le choix du nom n’est pas par hasard) et félicite Robert Kocharyan pour le Nouvel An et comme cadeau commande la chanson «La vie est impossible de revenir en arrière» («Жизнь не возможно повернуть назад»). Le clou de la caricature est la lyrique de la chanson. Bien sûr, lors du programme télé on n’a pas eu une commande musicale pareille. Du point de vue de l’exactitude, il s’agit d’une désinformation, mais elle est basée sur la réalité. Il y a deux vérités ici. Premièrement, Vladimir Poutine soutenait le deuxième président de l’Arménie au niveau des déclarations, mais seulement symboliquement, deuxièmement, la vie de Kocharyan n’est plus celle qu’elle était et elle ne peut être, jugée par le cours des événements.

La vérité partielle est également caractéristique de la presse jaune, mais il manque le positionnement qui est dans l’intérêt public. En revanche, les rides de la société sont au cœur des caricatures politiques. Les médias abordent également des questions sociales. Cependant, l’un prend son affaire très au sérieux en supprimant soigneusement les nouvelles ridicules (à l’exception des magazines d’humour, des programmes), l’autre se réservant le droit d’être léger (et pardonné) de dénoncer ces problèmes,se reflétant des personnalités publiques et politiques. L’une est souvent officielle, l’autre non officielle ou, si vous préférez, anti-officielle. C’est la différence entre l’actualité textuelle et la caricature des médias.

Les médias, publient parfois des nouvelles officielles, parfois antigouvernementales et mènent souvent des enquêtes indépendantes. La nouvelle sur l’impartialité est couverte par diverses observations. Mais la caricature n’est pas limitée par l’impartialité et il est toujours àcôtédu public, l’usurier des critiques et de l’opposition est toujoursle public – les dominés. Le côté s’amusant est la société, le ridicule est souvent«l’élite» ou la minorité privilégiée. On se moque de la nouvelle pour avoir amené au cœur de la société un sentiment de berger, de divertissement et de moquerie.

En ce sens, la caricature politique est toujours une opposition, une des«oppositions» éternelles, qui ne menace pas de devenir pro-gouvernemental. Si l’opposition parlementaire peut un jour devenir au pouvoir et perdre la critique (comme ce peut être le cas du journal de l’opposition, magazine), comme cela s’est passé en Arménie, la caricature ne peut pas être exemptée de la critique. La caricature, l’image de la parodie, perdant sa parodie, c’est-à-dire la critique et le sarcasme, cesse d’être une caricature. Ici est la longévité de sa fonction de surveillance (ainsi que d’autres fonctions critiques), car c’est la critique qui permet de garder le contrôle sur les autorités actuels.

La critique est un test pour une caricature politique, la caricature doit toujours être«dans la lutte» contre l’établi, l’injuste. En Arménie, non seulement la révolution a été incapable de réprimer les critiques caricaturales (aussi étrange soit-elle, une révolution victorieuse est une menace pour la caricature, car elle peut transformer la caricature en un instrument de glorification de la révolution uniquement), qui consommerait l’influence de la caricature comme un genre,le héros «aimé» des recherches de la caricature actuelle est devenu NikolPashinyan avec son équipe, et les autorités actuelles sont désormais autant la cible de critiques que les passés, par lequelle la caricature a maintenu son image publique.

Mais la caricature a une caractéristique évidente. Elle critique en amusant (ou amuse en critiquant) par opposition à des critiques individuels, des associations, des instituts et des pratiques artistiques. Si nous acceptons la critique de la caricature, le divertissement deviendra simplement un moyen de résistance et atteindra au public, une étincelle de critique, par laquelle la caricature abordera l’art politique et en deviendra une composante, remportant ainsi le titre de grand art. Dans ce cas, le rire causé est considéré comme un résultat fin en soi.

Le choix entre ces deux positions, l’ancien besoin de différencier les arts bas et les arts élevés, relève du goût des critiques. Mais il serait prudent de penser que la caricature politique est simplement une source de divertissement, sans égard à son engagement social. Cette distinction est la raison pour laquelle l’étude de la caricature dans les institutions de l’État n’est généralement pas approuvable ; l’humour, en tant que moyen de création artistique, est en grande partie retiré de ces institutions. Cependant, l’introduction de caricatures dans des galeries (l’exposition Voixet Choix[i], qui comportait également certaines caricatures, par exemple des affiches politiques) a déjà légitimé ce genre dans l’Arménie indépendante en tant qu’art, qu’il soit faible ou élevé.

Cependant, la caricature politique arménienne d’aujourd’hui, plus que toute autre manifestation d’art politique, est considérée comme plus sensible aux illusions du public et réagit aux événements avec une rapidité exceptionnelle, tout comme dans les médias ou les médias sociaux. Certes, il est souvent accusé à juste titre d’être une substance consommant rapidement, mais il contient le secret de sa portée auprès du grand public et donc son pouvoir d’influence.

  1. Բախտին, Միխայիլ. 2012. « Ֆրան­սու­ա ռաբ­լեի ստեղ­ծա­գոր­ծու­թյու­նը եւ միջ­նա­դա­րի ու վե­րածնն­դի ժո­ղովր­դա­կան մշա­կույ­թը (հատ­ված). » Արտերիա. http://www.arteria.am/hy/1349071719
  2. Sarıgül, Baran. 2009. « The Significance of Caricature. » http://www.as8.it/edu/writing/gd494_sarigul.pdf

[i]«Voix et choix»:l’exposition intitulé «Cotes (anti)esthétiques des affiches politiques suisses et arméniennes» a eu lieu du 29 juin au 15 juillet 2018dans l’ancien bâtiment du ministère des Affaires étrangères.

«Auteur : Marine Khachatryan: © Toutes droits réservées».

«Traduit par Ani Arshakyan»

 

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