L’analyse comparative des théories de Thucydide et de Machiavel

La discipline des «Relations internationales» est relativement une jeune science. Le terme a été utilisé pour la première fois par le penseur anglais, Jeremy Bentham (1748- 1832), en appelant ainsi le processus des relations des États. Ensuite la discipline a été développée davantage, elle a été mise sur les bases scientifiques, les objets et les cercles, les méthodes et les principes fondamentaux de sa recherche se sont clarifiés. Comme une discipline, les Relations internationales se sont formées par David Davies à Abersvit, dans l’université de Wales en 20ième siècle, en 1919.

Mais constatons que les racines de cette disciple vont à une passé historique plus profonde. C’est vrai, autrefois la discipline portant le nom des relations internationales en tant que telle n’existait pas, mais plusieurs éléments typiques étaient disponibles. Et on peut en citer la preuve les plusieurs sources historiques (égyptienne, assyrienne, perse…) dont les informations transîmes donnent les raisons à penser que depuis la création des formations étatiques certaines relations sont établies entre eux. Il est naturel qu’elles se sont déroulées dans les cercles logiques inhérents de leur temps, elles ont eu leurs motifs, leurs buts, ainsi que les règles et les principes de la procédure.

Notre but, c’est soumettre à l’analyse comparative quelques idées fondamentales des grands théoriciens du réalisme des relations internationales, de Thucydide et de Nicolas Machiavel.

La théorie du réalisme est l’une des théories dominantes des relations internationales, dont les idées fondamentales sont: 1.l’hégémonie de l’anarchie dans les relations internationales (d’après les réalistes, des organes supranationaux qui régularisent les relations entre les États n’existent pas, donc les relations internationales se déroulent dans le conditions d’anarchie, qui, cependant, a quelques principes et mécanismes de répression). 2. les États sont les sujets généraux et principaux des relations internationales. 3. les guerres font partie intégrante des relations internationales, donc elles sont inévitables et même naturelles, et la paix n’est que le calme relatif entre les deux guerres. 4. le but prioritaire de tous les États est l’assurance de l’existence.

Les deux auteurs susmentionnés, Thucydide et Machiavel, ont vécu et agi dans les différents temps, dans les différents milieux, dont chacun avait ses propres normes coutumières, ses règles des mœurs, ses critères de la notion de moralité. Donc, ils ont eu leurs positions et leurs buts dont nous faisons notre part en prenant connaissance du patrimoine littéraire-créative laissée par ces auteurs.

On s’informe sur Thucydide, comme le plus grand penseur de la Grèce antique, par son œuvre «La guerre des Péloponnésiens» qui a une importance monumentale aussi à nos jours non seulement du point de vue de l’étude de la pensée historique, mais aussi politique.

On se fait une idée sur Machiavel et ses idées surtout par son œuvre «Le Prince» (1532) qui est important surtout pour la pensée politique et spécialement pour l’étude de quelques caractéristiques importantes de la notion du réalisme classique.

Peut-être une question se pose, quel lien commun peut être entre les auteurs susmentionnés qui sont séparés par deux millénaires et qui ont agi dans un milieu de la pensée sociopolitique complètement différente. Notre but est d’essayer de montrer que, néanmoins, il y a certaines généralités que nous allons révéler à la suite de l’analyse comparative.

Thucydide

Aujourd’hui quelques spécialistes sont déjà d’accord que l’un des pionniers se trouvant sur les sources de la pensée historique, ainsi que politique, a été l’ancien grand penseur grec, Thucydide. Un grand nombre d’idées émises par Thucydide, avec quelques changements variés, se trouvent sur la base de la théorie de réalisme moderne, cependant, quelques spécialistes trouvent que malgré les similitudes, la théorie réaliste de Thucydide, pourtant, se distingue essentiellement de la logique de  théorie réaliste admise dans le milieu scientifique d’aujourd’hui.

Thucydide a vécu et a agi à la II moitié du V siècle avant notre ère. Il était d’origine de Thrace, l’héritier d’une famille noble. Il avait hérité une assez grande fortune de son père, qui lui a offert la possibilité de se consacrer complètement à la vie littéraire. D’après les informations sur lui, on apprend que dans les jeunes années il a été mis en service militaire et il a été l’un des commandants des troupes d’Athènes pendant la première période de la guerre des Péloponnésiens. C’était une guerre qui a laissé une trop grande influence sur la pensée sociopolitique grecque de temps, dont le reflet on voit dans l’œuvre homonyme de Thucydide. En présentant le cours de la guerre, l’auteur ne se satisfait pas par informant seulement la chronologie des incidents et des événements, mais il a essayé d’analyser ce qui est arrivé, et ne pas expliquer le cours des actions par la volonté des Dieux, mais par la logique rationnelle et le lien de causalité. Il a été l’un des premiers qui a proposé de ne pas croire aveuglément à tout ce qui a été informé par les historiens des temps précédents (il avait en vue notamment Homère), mais travailler en doutant avec les sources premières, en essayant de cette façon de distinguer le réel de l’imaginaire. Il ajoute aussi qu’il comprend et tient compte le fait qu’à cause de tout cela le travail peut perdre sa séduction pour le lecteur de son temps, mais il était plein d’espoir que le travail fait par lui sera le guide et aidera à comprendre l’essence et cours des choses pour les générations futures qui vont s’occuper de la politique et de la direction d’États. C’était vraiment le plus grand progrès de la pensée historique et politique, quand l’auteur, en écrivant son travail, ne se dirigeait pas par les motifs esthétiques, mais par ceux de pratiques et appliqués.

Thucydide observait les relations internationales du point de vue de la possibilité de l’explosion de la guerre, c’est-à-dire, la guerre peut commencer à tout moment et il observait  le temps entre les guerres comme «le temps de la paix». Et c’était une approche réaliste. D’après lui, les individus, ainsi que les systèmes internes et l’essence des relations interétatiques influencent également sur le cours et la nature des relations internationales. En conformité de cela, il trouvait qu’il n’est pas rationnel d’étudier les relations internationales en s’appuyant sur l’un des aspects mentionnés séparément, mais l’auteur observait les relations internationales comme un complexe commun.

Thucydide propose l’idée que chaque formation d’État, quelle que soit la forme de gouvernement, que ce soit oligarchique, démocratique ou monarchique, poursuit deux objectifs principaux.

Le premier: d’après l’assurance de sa propre sécurité, chaque État tend à devenir de plus en plus puissant. De ce point du vue, chaque État observe la puissance d’un autre comme un vrai danger pour sa sécurité. Et c’est de ce point de vue que Thucydide commente la guerre des Péloponnésiens: Sparte observait le renforcement d’Athènes comme une menace directe pour sa sécurité, et c’est cette crainte qui pousse Sparte à faire la guerre contre Athènes.

Le deuxième: chaque État, en se renforçant sans cesse, essaye d’élargir sa zone d’influence. De ce point de vue, il est notable l’exemple d’Athènes, qui, en arrivant au somment de la puissance dans les limites de Polis, a commencé à faire des actions de nature agressive. Cette théorie de Thucydide, avec quelques changements, est considérée aujourd’hui l’un des dogmes du réalisme classique en obtenant son libellé comme «la souveraineté de l’anarchie» dans le processus de gestion des relations internationales.

Les théoriciens modernes font l’attention aussi à la perception de la morale de Thucydide dans l’évolution des relations internationales. Dans son ouvrage l’auteur, en valorisant la morale, essaye de montrer qu’elle ne peut pas et en réalité n’est pas le guide principal de la gestion des relations internationales. Thucydide partage toute l’histoire des Grecs en deux cycles fondamentaux, dans le premier cycle on se guidait dans la vie intrapublique par le principe du «droit naturel» où le facteur de la force était la seule et la décisive. Dans ce cycle les idées des anciens Grecs étaient différentes sur la moralité, la patrie, les lois, le fort triomphait toujours de faible par le vrai sens du mot. Dans le deuxième cycle que l’auteur prenait pour ses temps vécus, les Grecs créent la ville-État (polis) comme le forme supérieur de l’organisation de la vie de cohabitation, et ils se dirigeaient par les normes de moralité et la priorité du droit. Cependant, avec tout cela, Thucydide montre que l’existence future de ce milieu civilisationnel crée par les grecs dépend grandement des ressources matérielles. La frénésie envers ce dernier, en entrant dans la contrariété immédiate avec les normes morales, devient le vainqueur et le motif des guerres et ce dernier crée la nécessité de la gestion des relations internationales.

Les idées de Thucydide, bien sûr, ne se limitent pas par cela, mais d’après la logique de l’analyse on se satisfera d’exposé au-dessus.

Nicolas Machiavel

Machiavel est considéré l’un des représentants lumineux de la pensée sociopolitique italienne de XVI siècle. C’est une période où l’Italie etait morcelée politiquement, il n’y avait pas l’État central uni, en revenche, il y avaient un certain nombre d’autorités indépendantes, dont surtout celles de Florence, de Venise, de Milan et de Rome papale étaient remarquables. L’Italie morcelée était une cible assez séduisante et vulnérable pour les État centripètes voisins, surtout pour la politique agressive de la France et de l’Espagne. C’est pourquoi quelques représentants de la pensée politique italienne ont commencé à chercher des voies pour réunir les terres italiennes dans un seul État unitaire. L’un d’eux, sinon le plus éminent, était Machiavel, d’origine de la ville de Florence. Pendant un certain temps, comme Thucydide, il s’est trouvé dans le service militaire, il a été un fonctionnaire d’État de classe moyenne, il a réalisé aussi des missions diplomatiques. Mais sa carrière de fonctionnaire d’État a une fin sans gloire. En 1512, il a été arrêté sur l’ordre des Médicis qui avaient récupéré leur pouvoir politique en Florence. Après avoir obtenir la liberté, il arrête les activités politiques actives et commence à s’occuper principalement des activités littéraires. Il consacre beaucoup de temps à apprendre surtout l’histoire de Rome en pensant que les hommes d’État romains, ont été doués d’une grande sagesse, dont la recherche peut être utile pour les politiciens de son temps pour prendre de vraies décisions.

Et dans le livre «Le Prince», Machiavel, en revenant sur les questions citées, propose l’idée de Raison D’État (l’intérêt d’État).

La théorie réaliste de Machiavel que la plupart des spécialistes appellent le fondamentalisme de Machiavel, est appuyé sur les trois principes suivants: l’essence humaine (il avait en vue principalement quels sont les traits qualificatif du chef d’État) la cohabitation interpublique et les relations interétatique, qui d’après l’auteur, avec leurs manifestations variées, doivent être dirigée à servir à l’intérêt commun et prioritaire d’État. La situation forte ou faible de l’État dépend des méthodes de la réalisation de ces principes.

Machiavel connaissait deux méthodes principales de la gestion d’État: républicain et monarchiste dont il donnait l’avantage au premier en le considérant plus efficace. En ce qui concerne aux classes monarchistes, il trouvait que l’efficacité de ce dernier dépend grandement de la personne monarque. Le monarque peut obtenir son pouvoir soit héréditairement, soit par la force en détrônant les pouvoirs dominant entre-temps. Quelles que soient les conditions d’arriver au pouvoir, tous les monarques ont un objectif commun: préserver leur pouvoir à tout prix. Et dans son travail qui était adressé au duc de Florence, Laurent de Médicis, Machiavel  rédige en détaille ses idées sur le fait comment doit être le monarque pour pouvoir préserver sa domination en résistant avec succès aux défis intérieurs et extérieurs et en contribuant aussi à l’intérêt commun d’État. De ce point de vue, les idées de Machiavel entre dans une contradiction directe avec les principes chrétiens-moraux fondamentaux de la pensée européenne du temps. D’après lui, tous les leaders qui veulent arriver à la puissance et à la gloire, ne doivent pas se guider avec la moralité chrétienne dans les questions politiques. Cependant, cela ne signifie du tout que Machiavel fait appel aux hommes d’État d’être amoraux, mais il vaut mieux de dire qu’il propose un autre paradigme des principes de moralité où le principe général de moralité est le service à l’intérêt d’État. Machiavel trouvait que le leader doit  parfois recourir aux actions immorales du point de vue du christianisme pour pouvoir prévenir un certain nombre de phénomènes dangereux, il note aussi, que le chef intelligent, d’après les normes morales chrétiens de donner la main aux frères coreligionnaires, ne doit pas aider ceux qui, à l’avenir, peuvent créer de graves menaces pour lui et son gouvernement. Selon l’observation de Machiavel, ce n’est que le chef sans grâce qui peut contribuer au renforcement excessif  de l’un de ses voisins, même de son allié pour le moment, qui créera une menace directe pour son existence future. Il se trouve que Machiavel propose un idéal de l’immoralité qui aujourd’hui est considéré l’un des caractéristiques fondamentales du réalisme classique. Comme on a noté, Machiavel donnait la priorité aux classes républicaines du point du vue de l’efficacité. Et avec cela, selon lui, c’était plus efficace non seulement du point de vue de la paix interpublique et du maintien de l’ordre, mais aussi pour les conquêtes de la légitimité extérieure. L’auteur exprime l’idée que les classes républicaines sont les meilleurs moyens pour exercer une pression sur les ennemis internes, pour terrifier ceux de l’extérieur et pour établir une hégémonie sur eux. Et cela s’explique par le fait que pendant les classes républicaines celui qui prend la décision n’est pas une seule personne, mais un groupe de personnes ce qui réduit le risque de prendre une décision incorrecte. Et aussi, dans le cas de la gestion républicaine, la politique d’État  est cultivée d’après les intérêts de divers centres de pouvoir étatique, ce qui réduit la probabilité de bagarre intérieure. La république de Machiavel de nature correspond largement au contenu présent de la perception scientifique de la notion. Ce n’est pas du tout la démocratie qui a un penchant à se transformer en tyrannie ou en démagogie chaotique. Machiavel était un grand apologiste des lois, de la constitution et de la liberté civique. D’après lui, les organismes institutionnels équilibrant le pouvoir, devraient s’installer dans la république.

On peut parler sans cesse des idées de Machiavel, mais là aussi on se satisfera par cela.

Analyse comparative

En présentant les principes fondamentaux proposés par les deux auteurs, essayons de découvrir les identités et les différences disponibles par l’analyse comparative.

Et Thucydide, et Machiavel ont été dans le service d’État dans les jeunes années, mais ils ont échoué. En sortant du service d’État, tous les deux se sont consacrés à la vie littéraire-artistique, en présentant principalement les actualités de la vie politique de leurs temps vécus.

Et Thucydide, et Machiavel trouvaient que les formations étatiques sont considérées des sujets principaux des relations internationales, et celles-ci ont un caractère anarchique. C’est-à-dire, le danger de la guerre est toujours disponible dans les relations internationales, dont la seule voie possible d’éviter c’est le maintien de l’équilibre du pouvoir entre les États.

Les auteurs sont du même avis que la Raison d’État est au-dessus de tout. Donc, c’est ce principe qui conditionne l’essence, la nature et le cours des relations internationales.

Tous les deux accordent une grande importance aux valeurs morales et arguent qu’elles n’ont pas et ne peuvent pas avoir une signification décisive dans l’affaire de la gestion des relations internationales. En valorisant la moralité, Thucydide essaye quand même de montrer qu’elle ne peut pas et en réalité n’est pas considérée comme le guide principal de la gestion des relations internationales, et Machiavel, pour sa part, refuse, du point de vue de l’efficacité, le système des valeurs chrétiennes-morales qui était le guide pour le temps, en proposant en échange de cela, un nouveau, amoral système.

Chez les deux, on accorde une grande importance au rôle joué dans l’histoire par les individus, peut-être chez Machiavel c’est beaucoup plus appréciée. Si Thucydide observait les individus comme l’un des cercles nécessaires du système complexe conditionnant le cours des relations internationales, alors Machiavel, en la personne d’eux, voyait les protagonistes cruciaux et décisifs prédestinant la nature de l’État intérieur ainsi que des relations internationales.

Résumons

Le thème de l’analyse est important et actuel pour nous. Pourquoi? A nos jours dans la sphère des relations internationales de nombreux événements et processus se produisent, et pour mieux comprendre leur essence il faut jeter un regard rétrospectif sur la voie évolutive de cette discipline. Certains phénomènes reçoivent aujourd’hui leur explication par de nombreux spécialistes en étant présentés dans le cadre de la logique de la philosophie du réalisme classique. Enfin, le réalisme classique dont les sources vont vers le passé historique, est considéré comme l’une des théories de la discipline mentionnée. Aujourd’hui cette théorie est plus développée et enrichie de l’expérience historique. Un certain nombre de branches du réalisme classique ont apparu, des exemples variés et modernes. Pour comprendre le contenu profond de tout cela, on importe infiniment la recherche de l’expérience historique, ce qu’on avait entrepris au cours du travail. Thucydide et Machiavel sont les plus grands représentants de l’histoire de la pensée politique internationale, et dont l’étude des idées, des opinions nous aidera largement à comprendre quelques processus politiques disponibles.


  1. Chris Brown, Terry Nardin and Nicholas Rengger, International Relations in Political Thought, Cambridge University Press,2002.
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http://polit.msu.ru/pub/unn_mpmo/library/mezhdunarodnie_otnosheniya.pdf


Auteur: Hayk Paytyan. © Tous droits réservés.

Traduit par Lilit Khalatyan.


 

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