Contradictions principales des relations économiques sino-américaines

Photo: www.huffingtonpost.com
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Les relations sino-américaines diffèrent par leurs standards ambivalents aux niveaux économique et commerciale et se caractérisent à la fois par une large coopération mais aussi par les profondes contradictions. Même si ces deux États qui sont les leaders parmi les pays développés et en voie de développement, ne guident pas les progressions géopolitiques et géoéconomiques des relations internationales, ils laissent alors sentir leur influence. Cette analyse porte sur l’importance et l’actualité du présent sujet.

La première caractéristique des relations économiques sino-américaines est leur interdépendancei. Mais, plus le lien est profond, plus les conflits d’intérêts élèvent. En matière économique et commerciale, la relation sino-américaine est d’abord marquée par les déséquilibres globaux (déficit commercial, conflit monétaire, dette extérieure, libéralisation économique, fuite technologique) conditionnée par les motifs politiques profonds, car les deux parties utilisent souvent ces contradictions afin d’exercer une pression l’un sur l’autre.

Mettons en relief quelques raisons marquant les problèmes des relations économiques sino-américaines :

  • déséquilibre bilatéral de la balance commercial,
  • problèmes de devises,
  • politique d’investissement,
  • croissance de la demande énergétique et combustibles en Chine,
  • compétition régionale.

 Problèmes de déficit et d’excédent de la balance commerciale

Le commerce entre les États-Unis et la RPC a considérablement augmenté avec l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre 2001, parallèlement les États-Unis ont subi le creusement de leur déficit commercial. De nombreux analystes américains estiment que la raison du déséquilibre commercial entre ces deux pays est le résultat du caractère injuste de la politique économique et monétaire de la Chine, ce qui laisse son influence sur l’économie américaine.

Le commerce sino-américain

Année Importation
de la Chine
Exportation
en Chine
Le déficit de la balance commerciale des États-Unis avec la RPC
1995

2000

2005

2010

2012

2014

$46 Mrd

$100 Mrd

$243 Mrd

$365 Mrd

$426 Mrd

$466 Mrd

$12 Mrd

$16 Mrd

$41 Mrd

$92 Mrd

$111 Mrd

$124 Mrd

$34 Mrd

$84 Mrd

$202 Mrd

$273 Mrd

$315 Mrd

$342 Mrd

2016 $463 Mrd $116 Mrd $347 Mrd

Source : U.S. International Trade Commision. URL: http://dataweb.usitc.gov/scripts/cy_m3_run.asp

Le tableau n’inclut pas le commerce des services où les États-Unis ont un excédent avec RPCi[i].

Les américains craignent que le déficit commercial entraîne des pertes d’emplois aux États-Unis. L’employé américain moyen touche 12,16 $ par heure et le travailleur chinois gagne 1,36 $/heure. En raison de la main-d’œuvre coûteuse en Amérique, les entreprises qui sont incapables d’exploiter leurs usines aux États-Unis, ils les implantent alors en Chine. La Chine, à son tour, estime que cette réduction des emplois est due au progrès technologique mais pas à cause du déficit commercial.

Le fait que les consommateurs américains soutiennent la main-d’œuvre des autres pays est une autre préoccupation. En cas de déficit commercial des produits, les États-Unis achètent des produits de l’usine de l’étranger. Si la production d’un ouvrier de l’usine chinoise est exportée aux États-Unis, celle-ci est susceptible d’avoir une valeur plus élevée que dans le marché intérieur chinois.

La partie chinoise accuse les Etats-Unis pour ces problèmes, notant que les efforts qu’elle fait pour équilibrer le commerce sont unilatéraux. En outre, de nombreux produits fabriqués sur le label «Made in China» et exportés aux Etats-Unis sont produits aussi dans d’autres pays, par conséquent la Chine ne profite pas de cette exportationiii. Mais dans les statistiques sur les produits, la valeur de ces produits est calculée au compte de la Chine.

Il est indiqué dans le rapport du ministère du commerce de la RPC que la Chine n’a jamais aspiré à avoir un excédent commercial et, pendant de nombreuses années, prend des mesures actives afin d’augmenter les importations en provenance des États-Unisiv. Aujourd’hui, elle est le troisième importateur de produits américains, après les partenaires des États-Unis de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Encore en 2010 le Trésor américain a prévu que les exportations américaines vers la Chine augmenteront de 36% cette année-là par rapport à 2009 : donc en 2010 les exportations de l’Amérique vers la Chine ont atteint un niveau record de 32% et les exportations de la Chine vers les États-Unis jusqu’à 23%v.

Les Chinois accusent les Américains d’avoir établi un contrôle sur l’exportation de la haute technologie. La Chine exhorte les États-Unis à abandonner leur mentalité de guerre froide, à affaiblir le contrôle sur les exportations chinoises et à augmenter les volumes de celle de la haute technologie. Les États-Unis, à leur tour, tenant compte de l’énorme potentiel de la Chine et voulant garder un certain avantage envers ce pays, n’augmentent pas le volume des exportations, ce qui est une approche naturelle.

Conflit monétaire

En 1994 la Chine a indexé le cours du yuan sur celui du dollar (8,3:1 yuan pour un dollar américain). Pour les pays en développement cette démarche était justifiée. Au début, la balance commerciale de la Chine était proche de zéro et n’a pas créé de problèmes. Mais la question qui se posait était la forte augmentation de la production de la Chine, qui devrait être réglée avec le temps. La RPC est devenue de plus en plus compétitive quant au commerce des produits de base, tandis qu’elle s’opposait aux appels de règlement du taux de change. C’est là que l’excédent commercial de la Chine dépasse 10% du PIB. En cas de l’augmentation du taux de change par rapport au dollar, la Banque centrale accumule les réserves, suite auxquels le fonds de réserve de la Chine est devenu le plus grand du monde, atteignant 4 milliards de dollars.

Depuis 2005, la Chine met en œuvre une politique de réévaluation lente et contrôlée du yuan qui a été arrêté en raison de la crise financière et économique mondiale en 2008. En effet, un bloc de pays (Corée du Sud, Indonésie, Malaisie, Philippines, Taiwan, Singapour et Thaïlande) a été créé en Asie de l’Est, dont les monnaies nationales dépendent du taux de change de yuan. La partie américaine insiste sur le fait que le taux de change chinois est inférieur à celui défini par le marché, ce qui donne un avantage à la Chine sur le plan des échanges commerciaux. Un différend commercial est survenu, et les États-Unis ont imposé un tarif douanier de 35% sur certains produits chinois importés : la RPC a accusé les États-Unis d’une mesure grave de protectionnisme. Il convient de noter que la Chine réfute toutes les accusations concernant la manipulation de la valeur de sa monnaie. Il n’y a aucune raison d’une augmentation sérieuse du taux de change de Yuan. La principale raison du déficit commercial américain avec la Chine n’est pas la conversion de devise, mais la structure du commerce et l’investissement entre les deux pays. La Chine apporte des arguments au sujet de la valeur basse de sa monnaie, affirmant que son augmentation affectera ses citoyens et les entreprises chinoises locales, que cela va provoquer éventuellement une déflation, et que va menacer encore plus les Etats-Unis et l’économie mondiale.

Le déficit budgétaire américain a commencé son augmentation depuis la crise économique en 2008. La Chine, avec ses réserves des bons de 3,3 billions de dollars, est devenue le plus grand débiteur des États-Unis. En mars 2013, ses réserves des bons du Trésor américain s’élevaient à 1,32 billion de dollars. Aujourd’hui, les États-Unis doivent à la Chine une somme de 600 milliards de dollars. Certains analystes américains craignent que la Chine puisse dévaluer les dollars américains mais les sources qui sont proches du système financier chinois constatent que celle-ci peut utiliser ces dollars à l’extérieur du paysvi. La Chine arrive à spéculer avec succès la dette américaine et ses dollars de réserve dans le but de les apaiser au cas où les questions sur les droits de l’homme, les restrictions de la technologie exportée en Chine, les problèmes de Taiwan et d’autres sujet sont traités. Les États-Unis, à leur tour, ne paient pas leur dette afin de maintenir la Chine en dépendance.

Selon les prévisions des économistes de Peterson Institute for International Economics, le yuan partagera avec le dollar la place principale de la devise de base jusqu’à 2030 (c’est-à-dire les taux de change des devises mondiales dépendront des monnaies nationales de la Chine et des États-Unis), et d’ici 2037, le bloc des pays dépendant de Yuan, sera finalement formévii.

L’influence du yuan est particulièrement considérable en Asie de l’Est, où il a même dépassé le dollar. Dans les années 2005-2008, le yuan était considéré comme une monnaie de base dominante pour trois pays parmi les dix de la région (les devises des autres six pays étaient liées au dollar et celle d’un pays à l’euro). Le nombre de ces pays est passé de trois à sept au cours des années 2010-2012. Actuellement, la domination du dollar en Asie est présente seulement à Hong Kong, à la Mongolie et au Vietnam. Il est intéressant de noter que le rôle du dollar est plus déterminant pour les plus petits pays, alors que le yuan domine dans les grandes économies.

En réponse à l’expansion économique de la Chine, les États-Unis ont imposé le fameux «Pivot vers l’Asie», ayant le but de faire face à la croissance économique et militaire en Chine avec son engagement diplomatique, économique et stratégique dans la région de l’Asie de l’Est. En même temps, B. Obama a annoncé, lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), que les États-Unis et huit autres pays ont signé l’Accord de partenariat transpacifique (APT), c’est-à-dire la consolidation des liens militaires et d’alliances régionales dont la Chine est exclue.

Cependant, en janvier 2017, Donald Trump, au sein du Mémorandum présidentiel, a signé un document désengageant les États-Unis du traité de l’APT, dont les pays membres sous la direction des États-Unis avaient un grand potentiel pour entraver la position régionale de la Chine.

La Chine, à son tour, travaille activement au sein du Partenariat économique régional global et de libre-échange des régions Asie-Pacifique, ces derniers sont considérés comme des constructions opposées du Partenariat transpacifique. En apparence, le Mémorandum de Trump donne plus de possibilités à la Chine de prendre le leadership dans la région. Néanmoins, à notre conviction, les États-Unis conserveront leur influence dans le format des relations bilatérales avec les pays de l’Asie de l’Est.

Politique disproportionnée par rapport aux investissements étrangers

La politique de la Chine à l’égard de l’investissement direct étranger est extrêmement disproportionnée. Selon les standards l’investissements limités fixés par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), la Chine est la plus fermée parmi les grandes économies (notamment dans le secteur des services contemporains tels que les finances, les télécommunications, les médias et la logistique). Même dans les domaines relativement ouverts, les entreprises américaines rencontrent les problèmes en Chine parce que les droits de propriété n’y sont pas bien protégés.

Dans ce cas, les entreprises chinoises bénéficient de leur protection dans le marché interne et achètent ensuite les produits de leurs concurrents ։ aux États-Unis et en Europe. Au cours des dernières années, les recherches ont approuvées que la Chine a acheté les produits de Smithfield Foods (production de porc aux États-Unis) et de Syngenta (Swiss Agricultural Chemicals Company avec un grand nombre d’opérations américaines)viii.

Depuis 2015, la Chine a commencé à vendre ses réserves pour maintenir une valeur élevée de sa devise et ses réserves de 4 milliards ont atteint 3,1 milliards de dollars. Mais aujourd’hui, ces derniers commencent à s’augmenter dont la raison principale est la contribution des partenaires publics à l’étranger.

La politique énergétique et combustible de la Chine et l’accroissement de son influence régionale

La politique énergétique et combustible chinoise est également un sujet de discussion concernant les relations sino-américaines. Լes importations chinoises de pétrole brut représentent 40%ix de consommation, ce qui signifie que ce fait laisse aujourd’hui un impact majeur sur les prix du pétrole.

En septembre 2013, le président chinois Xi Jinping a fait deux suggestions lors de sa visite dans les pays d’Asie centralex.

  • Reconstruire la Ceinture économique de la Route de la Soie,
  • Reconstruire une Route de la Soie maritime.

Ces projets ont pour objectif de favoriser l’interconnexion économique entre les continents asiatique, européen et de faciliter la transportation rapide des ressources naturelles de l’Asie centrale et du Moyen-Orientxi.

Au cours des dernières années, la Chine a créé la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) et l’initiative beaucoup plus ambitieuse et prometteuse «One Belt, One Road» visant à créer un vaste réseau de transportxii.

La position sceptique de l’Administration de Trump envers les structures supranationales et internationales (FMI, OMC) et le gel des opérations permettent à la Chine de combler le vide. En stabilisant les projets durables et porteurs, la Chine contribue à l’affaiblissement des États-Unis dans les régions ce qui se réfère également aux relations avec les autres États individuels. L’un des exemples les plus remarquables est le rapprochement d’une manière brusque et inattendu du président des Philippines : comment l’ancien allié américain donne place à la dimension régionale chinoisexiii.

Le développement de la capacité militaire de la Chine provoque également des contradictions pour les relations sino-américaines, ce qui est particulièrement visible dans la région de l’Asie de l’Est. Les craintes des Américains concernant l’expansion du commerce extérieur avec la Chine en particulier dans le domaine des nouvelles technologies sont justifiées car cela favorise le renforcement du potentiel militaire chinois. Ils soulignent que la Chine est en mesure d’utiliser ses acquis économiques obtenus durant les 25 dernières années contre les États-Unis aux niveaux régional et mondial. Selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les dépenses militaires de la Chine ont atteint 188 milliards de dollars en 2014, et ceux des États-Unis 640 milliards de dollars. Cependant, la Chine utilise les revenus des ventes de ses produits commercialisés dans le marché intérieur américain pour son potentiel militaire, qui augmente chaque année. Washington est également préoccupé par le fait que la Chine acquiert de différentes manières les innovations technologiques américaines et modernise son potentiel militaire.

Résumé

Trump a promis, encore au cours de sa campagne présidentielle, d’augmenter les taxes douanières sur les produits chinois.

La raison de sa position «Protectionniste» était, selon nous, de gagner la confiance des citoyens américains, en particulier les chômeurs, de susciter l’espoir que le marché américain sera protégé de l’expansion des produits chinois et que le nombre d’emplois augmentera.

Cependant, cette promesse de Trump n’a pas encore été réalisée au cours de sa présidence d’un an et, très probablement, elle ne sera pas remplie. La raison pour laquelle la Chine est devenue un tel concurrent économique consistait dans le fait que Dan Xiaoping a commencé, depuis les années 1980, une politique économique étrangère ouverte et le pays a grandement bénéficié des investissements américains et des transferts technologiques. En conséquence, la plus grande partie de la valeur nette des exportations chinoises, à peu près le 55% impartit aux entreprises et aux employés américains. L’hésitation des États-Unis d’imposer des sanctions économiques s’explique par le fait que ces derniers éprouveront également un dommage. En outre, il est possible qu’aujourd’hui la Chine souffre beaucoup plus moins quant à des droits de douane, qu’il y a 10 ans par exemple, puisqu’elle ne se limite plus au marché américain pour l’exportation des biens et des investissements étrangers.


  1. CRS Report R41108, S.-China Relations: An Overview of Policy Issues, Susan V. Lawrence. , August 1 2013
  2. CRS Report RL33536, China-US trade issues, by Wayne M. Morrison
  3. Guangkai X., International Situation and Security Strategy, China Institute for International Strategic Studies, Beijing, 2009
  4. https://www.brookings.edu/- Brookings : site officiel de l’institut de recherche
  5. Lio Zongyi, China’s Economic Relations with SAARC: Prospects and Hurdles, China International Studies, September/Octember 2014
  6. Research Report on China-US Economic and Trade Relations, Ministry of Commerce of the People’s Republic of China, May 25th , 2017, http://images.mofcom.gov.cn/www/201705/20170525093626470.pdf
  7. Timothy F. Geitner. China’s Currency Policies and the U.S.-China economic relationship


[i] Le fait qu’en cas de baisse de 1% du PIB aux États-Unis les exportations chinoises baissent de 4-5% sur le marché américain, nous montre l’interdépendance économique de ces deux pays, à voir : Guangkai X., International Situation and Security Strategy, China Institute for International Strategic Studies, Beijing, 2009, P. 66

i[i] Voir les details sur : CRS Report RL33536, China-US trade issues, by Wayne M. Morrison

[i]ii Le rapport apporte l’exemple d’Apple Iphone, http://images.mofcom.gov.cn/www/201705/20170525093626470.pdf

[i]V http://images.mofcom.gov.cn/www/201705/20170525093626470.pdf , p. 71

V Timothy F. Geitner. China’s Currency Policies and the U.S.-China economic relationship. September 16. 2010 http://www.treas.gov/press/releases/tg858.htm

V[i] CRS Report R41108, U.S.-China Relations: An Overview of Policy Issues, Susan V. Lawrence. , August 1 2013, p. 41

V[i]i http://armef.com/news/category/comment/article/article_1377676743

Vii[i]  https://www.brookings.edu/research/the-future-of-u-s-china-trade-ties/

[i]X International Energy Agency, Key World Energy Statistics, 2012, 2012, p .45, http://www.iea.org/publications/freepublications/publication/name,31287,en.html.

X Xi Jinping, President of the Peoples Republic of China, Speech at the Indian Council of World Affairs, New Delhi, 18 September 2014

X[i] Lio Zongyi, China’s Economic Relations with SAARC: Prospects and Hurdles, China International Studies, September/Octember 2014, p.127

Xii[i] https://www.academia.edu/34495264/Trump_and_the_Asia-Pacific_Do_the_Ties_Still_Bind

Xii[i] https://www.academia.edu/34495264/Trump_and_the_Asia-Pacific_Do_the_Ties_Still_Bind


Auteur : Armine Muradyan

Traduit par Shushanik Makaryan © Tous droits réservés.


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