Réflexions sur l’art contemporain sur l’exemple des expositions érévaniennes

Le théoricien américain Fréderic Jameson dans son article «Postmodernisme et la société de consommation» insiste que l’art moderne agissait contre la société comme une force critiquante, destructive, contestataire, opposante, que c’était un défi provocateur aux principes de la société du début du 20e siècle. Et l’art postmoderne[i] a perdu les prétentions de changer la réalité, de s’opposer à l’anicien, et même, de le critiquer. La circonstance, que les œuvres d’art contemporain, qui critiquent la réalité, sont très populaires, en est une preuve. Dans cette analyse nous allons examiner l’insistance ci-dessus en cherchant à comprendre si l’art et l’artiste contemporain poursuivent le but de critiquer, de contester ou de s’opposer aux rangs sociaux. Dans ce but, nous allons retourner aux expositions qui ont eu lieu à Érévan, durant cette année, et nous allons présenter comme exemple quelqu’unes  d’entre elles. Mais, il faut avoir en vue, que les œuvres choisies ne sont pas les meilleures, mais celles qui créent la possibilité de discuter sur le thème de cette analyse.

L’artiste comme l’examinateur de la société

Pour critiquer et changer la réalité, il faut, d’abord, la connaître. Il est à noter, que l’étude de la réalité est l’un des buts principaux de l’art contemporain. Très souvent, l’artiste est l’examinateur de la société, il joue le rôle d’un sociologue. Comme le remarquait Janna Avetissian, le but de la sociologie, comme de toutes sciences humaines, c’est de rétablir la capacité humaine d’être surpris, c’est à dire regarder les objets connus d’un regard inconnu.

Dans la condition de la virtualisation, la réalité contemporaine aboutit à un point où la réalité virtuelle ou imaginaire est plus réelle que la réalité vértable. On l’appelle le surréalisme, quand nous n’avons pas d’objets réels, mais des simulateurs, des images imitatrices. Ces images agrandissent certains éléments, ainsi dire, certains codes, qui semblent plus réels que l’original même.

Parmi les expositions du mais de 2016 (de 20 à 31), l’exposition photographique de Mika Vathinian, nommée «Description», est un cas où l’auteur a tâché de déchiffrer un des codes de la société en surprenant le visiteur. Rendrons claire de quel code s’agit-il!

La série «62 images dans l’album de facebook» de Vathinian présente des photos, qui en réalité, parlent des photos en les d-écriv-ant. Le visiteur de l’exposition PHOTOGRAPHIQUE reste surpris se trouvant en face des textes au lieu des photos. En faisant une étude, l’auteur a rassemblé quelques situations «archétypiques» bien connues, et en faisant sortir les éléments de la connaissance, les a étudiées dans tout autre optique en changeant la technique. On peut penser, que les photos de la fête de fin d’étude et les photos cools d’enfance décrites par Vathinian ne sont pas moins réelles que les vraies photos. Cela défend le point de vue de Guy Debord, selon lequel nous vivons dans une société du spectacle où  l’image joue un rôle plus important que la réalité, dans cet exemple le simulateur du simulateur.

L’artiste comme le réflecteur des tendances principales de la société et, en particulier, de la schizo-réalité

La virtualisation ou le simulateur n’est qu’une des caractéristiques du présent, et l’artiste étudie non seulement les tendances de la société, mais il les reflète dans ses œuvres. Selon Jameson, dans la société post-industrielle, de consommation et de médias, la sensation de l’histoire et du passée est en train de disparaître. D’une part, le problème le plus important de la société de consommation c’est la satisfaction de plus en plus des désirs, d’autre part, la fonction des masses-médias c’est d’effacer les événements, les images du passée récent de notre mémoire le plus vite possible. Cela s’effectue grâce à la présentation des événements du monde, 24 heures par jour; en conséquence la société vit dans le présent éternel comme schizoïde. Tout cela, ainsi que l’abondance des informations, le cours et les changements rapides de la vie et la formation de la société qui tend aux désirs, contribuent à susciter l’amnésie collective et créent une sensation de présent plus forte.

Selon Jameson cette sensation est propre aux schizoïdes. Il existe un lien entre le signifié[ii] (cela peut être un mot, un son, un texte) et le signifiant, et la schizophrénie c’est l’incapacité de percevoir ce lien, ce qui ressemble à la perception des signifiés non liés. En revanche, le schizophrène a une sensation du présent plus forte, qui ressemble à «la perte de la réalité» ou à «l’irréalité». Diana Hakobian est parmi ceux qui présentent cette schizo-réalité, elle a coupé la narration et l’image mobile de son vidéo et elle a synthétisé les portraits de ses amis avec l’appareil mécanique tournant. Ensuite, en ajoutant du son elle a créé la sensation du rythme, ce qui, pourtant, moyennant le vide existant entre les voix «parle» du manque de réalité.

L’artiste comme le critique de la réalité et de la société et le symbole de la lutte

Comme nous avons remarqué, l’art postmoderne cherche à comprendre et refléter la réalité, et les exemples que nous avons présentés sont quelques tendances seulement. L’autre but principal de l’art postmoderne c’est la critique de la réalité, et les prétentions de changer la réalité ne sont pas dignes de foi, comme le montrera l’exemple ci-dessous.

Il est difficile d’imaginer la vie sans instructions dans la société capitaliste et de consommation, car les produits et les nouveautés s’apparaissent très vite dans le marché et nous tous, nous apprenons sans cesse, et en achetant quelque produit, nous lisons et nous suivons les ordres. Ces ordres sont différents et ils ont de différentes manifestations.

Janna Gladko, une artiste biélorusse, dans son exposition «Inciting Force» parle des droits et de la liberté de la femme. Gladko avait enregistré et écrit sur une étoffe les ordres de son père donnés avant d’être absent et elle avait supprimé tous les verbes impératifs en les rapiéçant et échangeant avec les performances de piano. C’était une tentative de supprimer les pressions exercées sur la femme dans le niveau matériel et idéologique. Mais cette exposition, qui parle de la liberté, commence par les ordres suivants donnés par le coordinateur: «Avant de voir l’exposition, lisez avec attentions ces ordres et suivez-les!»

C’est à dire on cherche à faire pression sur le visiteur, on enseigne comment il faut penser et comprendre l’exposition. Il est écrit: « Acceptez la nécessité des ordres pareils et soyez «libres» de commenter. Mais l’abondance des ordres formés des mots impératifs, ce qui répète la manière d’agir du père de Gladko ne permet pas à parler de la liberté. Cela montre, que l’artiste  d’une part, et le coopérateur de l’exposition, de l’autre part présentent et critiquent les pressions sur les gens et la limitation de la liberté dans la société.

Mais, il faut noter, que à l’artiste, et au coopérateur, cela leur intéressait plus de créer une œuvre d’art réussie et de surprendre les visiteurs, et ils n’étaient pas intéressés aux droits des femmes et à la liberté du visiteur. Ce que le père de l’artiste a permis d’enregistrer son propos, qui contient des éléments théâtraux, en est une preuve, car tout serait autrement si son père était un «tyran». Cela veut dire que l’artiste parle de ce qui est populaire, ce qui est intéressant pour les gens d’aujourd’hui, dans ce cas-là, du droit de la femme. Cela montre que l’œuvre d’art devient égale à un produit de consommation qui a ses instructions. C’est à dire la société d’aujourd’hui demande la critique du patriarcat; l’encouragement de cette critique porte à la perte de son influence. En général, c’est propre à cette époque, ce qui rend difficile la possibilité de l’art postmoderne d’être révolutionnaire, malgré sa nature critique.

Par exemple, après l’exposition «La fontaine» de Marcel Duchamp, les critiques d’art ont fait une protestation, en disant que la cuvette ne peut pas être considérée comme une œuvre d’art, et son apparition dans le musée était une révolution dans le domaine de l’art, non seulement parce que cela mettait en question les visions rependues sur l’art, mais aussi grâce à la résistance qu’on l’a faite. Et maintenant, plus qu’avant, le visiteur attend qu’on va le surprendre, qu’on lancera un défi à ses visions (soit sur l’art, soit sur la réalité) par les méthodes diverses dans la cadre de l’art et dans le sens idéologique.

Le vidéo-performance nommé «L’appel des ancêtres» de Davith Karénian, qui représente le personnage d’un moine qui mange de la viande crue et qui est un symbole antinational, ou bien l’exposition de groupe «Hpartachurter» (Aux lèvres fières), qui lance un défi aux perceptions publiques sur  la sexualité et sur la féminité, en sont un exemple.

En concluant notons, que les expositions présentes créent l’impression que l’art contemporain est innovateur et révolutionnaire, qu’il brise des stéréotypes en faisant des messages de la liberté et de la lutte. Mais une étude plus minutieuse montre, que l’art postmoderne étudie la société et la réalité, critique certains phénomènes, en constatant les faits, que grâce à cela l’art attire l’attention vers ces phénomènes et donne la possibilité de discuter sur ces thèmes. Mais dire que c’est l’art révolutionnaire ne serait pas vrai: d’abord, cette critique ne trouve pas de protestation, soit  dans les grands milieux sociaux, soit dans les milieux étroits d’art, car la critique, en général, est rependue, donc, le visiteur, prêt à redéfinir la notion d’art, vient à l’exposition ayant d’avance dans la tête cette question: «Est-ce que c’est l’art?». Cela veut dire qu’il n’y a pas un défi surpris, mais l’attente du défi.



Bibliographie

 

  1. Անդրեասյան Ժ. (3 Փետրվարի, 2015 թ.). Թեմա 14. Պոստմոդեռնիստական սոցիոլոգիա. Բոդրիյար, Լիոտար. . (http://boon.am/andreasyan-14/)
  2. Անդրեասյան Ժ. (3 մարտի, 2015 թ.). Թեմա 18. Սոցիոլոգիական մեթոդաբանության ճգնաժամը. Ժաննա Անդրեասյան. (http://boon.am/theme-18-andreasyan/http://boon.am/theme-18-andreasyan/)
  3. Շիզո-Իրականություն. ԱզատՍարգսյանի պերֆորմանս-վիդեոինստալացիաները https://www.youtube.com/watch?v=-ArFxZh1CKM
  4. Jameson, F. (1984). Postmodernism and Consumer Scoiety.
  5. Krautheimer, R. (1938). Art and Society. Social Research, Vol. 5, No. 3, pp. 350-359.
  6. Torikian, G. (2000). Against a Perpetuating Fiction: Disentangling Art from Hyperreality. The Journal of Aesthetic Education, Vol. 44, No. 2, pp. 100-110.
  7. Inciting Force – Zhanna Gladkohttps://photos.google.com/share/AF1QipOI7gv9CKv8xHkODUxaguFOYO_3S53UBhsUvVsZ_dQtSaWQENm65sD8VoknBcMNEQ?key=TTJ1ck9Rb2t4SFljX1JDdXBVMFFkVlZmNXhYSnh3
  8. http://videoartarchive.am/hy/friendship-becomes-art
  9. http://videoartarchive.am/hy/eva-khachatryan-friendship-becomes-art
  10. http://videoartarchive.am/en/eva-khachatryan-friendship-becomes-art
  11. https://168.am/2016/09/23/691167.html



[i]Dans l’analyse, l’art postmoderne est identifié à l’art contemporain.

[ii]Par exemple, dans le mot «le chat», le signifié c’est le mot «le chat», le texte ou le son du mot, et le vrai chat c’est le signifiant.


Auteur: Marine Khachatryan. © Tous droits réservés.
Traduit par Anouche Nikoghossian.