L’art contemporain de grande valeur et sa vérité amère

L’objectif de cette analyse est de décrire brièvement d’où vient l’art contemporain, comment est-il perçu par les gens, qui décide ce qui peut être considéré comme un chef d’œuvre d’art contemporain et quels sont les facteurs qui influent sur la valeur de l’œuvre d’art contemporain.

L’origine d’art contemporain ou le début de la fin

À la fin du 19ème siècle un groupe de peintres, plus tard connus sous le nom d’impressionnistes, se sont opposés à l’Académie des beaux-arts et à ses normes classiques imposés. La première génération de révolutionnaires maintenait encore les éléments du design de discipline et de la compétence, en les combinant avec l’idée selon laquelle «la beauté est aux yeux du porteur». Comme dans le cas de la plupart des révolutions, avec chaque génération les critères sont dévalués ou modifiés jusqu’à leur élimination complète. Surtout depuis le début du postmodernisme, les choses dans le monde d’art ont changé de manière irrévocable. Si avant le postmodernisme l’art se basait principalement sur l’idéalisme et la raison, le postmodernisme provenait du scepticisme, du ridicule et de la méfiance à l’égard de la raison, mettant en question l’idée qu’il existe des certitudes et des vérités mondiales.

Selon l’art postmoderne, l’expérience personnelle et son interprétation sont plus concrètes que les principes abstraits qui acquièrent des couches sophistiquées et souvent contradictoires du point de vue de sens. En même temps, l’objet d’art a aussi radicalement changé, car de nombreux artistes ont commencé à utiliser leur art pour faire une déclaration et parfois juste pour avoir un impact. Il est à noter que, dans le passé, les artistes ont également fait des déclarations à l’aide de leurs œuvres, mais cela n’était jamais fait au prix d’endommagement de l’excellence visuelle de leur œuvre. Les maîtres du passé amélioraient leurs œuvres cherchant à atteindre le plus haut niveau de qualité et ils perfectionnaient les œuvres des maîtres précédents, tandis que la plupart des artistes contemporains tendent vers la soi-disant expression de soi, en comparant tout cela avec une compétition où gagne celui qui laisse la plus grande impression. Ainsi, à la fin du 19ème siècle, le monde d’art a radicalement changé et comme il n’y avait plus de principes, il était de plus en plus difficile de comprendre ce qui était un chef-d’œuvre d’art, révélant de nombreuses questions et arguments. Le problème devient plus compliqué, si le prix d’une œuvre d’art est considéré comme une caractéristique décisive d’un chef-d’œuvre.

« Chef-d’œuvre » d’art contemporain

Le célèbre philosophe grec Aristote insistait sur le fait que « l’homme était essentiellement un être social et que la société était ce qui précédait l’individu. Quiconque, qui était incapable de mener une vie sociale ou était si autosuffisant qu’il n’en avait pas besoin et ne constituait donc pas une partie de la société, était un monstre ou un dieu ». Deux conclusions peuvent être tirées de ce jugement :

  1. Beaucoup d’entre nous, en tant qu’êtres sociaux, ressentons le besoin de l’approbation des personnes qui nous entourent, quand nous faisons de petits ainsi que de grands pas, c’est la raison pour laquelle les gens affirment souvent qu’ils aiment des choses qu’ils n’apprécient pas, expriment des opinions qui ne leur appartiennent pas, en réalité, basées sur les idées et les croyances des personnes environnantes.
  2. Ceux qui sont si autosuffisants qu’ils n’ont pas peur de remettre en question les critères de la société et n’ont pas besoin d’approbation, dictent des règles pour les autres. Ce qui précède est applicable aux opinions que les personnes ont eues et exprimées sur l’art et les beaux-arts contemporains. Prenons l’exemple suivant pour justifier ceci : En Russie, Oleg Matveev avait peint une image « abstraite » en 5 minutes. En plaisanterie, il a publié la photo sur Internet et l’a présentée en tant qu’une œuvre d’un artiste français, en ajoutant certaines données biographiques tristes pour rendre la photo plus mystérieuse.

Les commentaires ne se sont pas laissés attendre, beaucoup de monde avait aimé l’image et était prêt à payer plus que l’artiste suggérerait. Pourquoi autant de personnes étaient prêtes à payer pour un art irréel ? La réponse est que l’une des œuvres les plus chères d’art contemporain a la même idée (N5 de Jackson Pollock, en mai 2006 a été vendu pour 140 millions de dollars, ce qui était un nouveau record par rapport au prix élevé que le tableau n’avait jamais eu). Évidemment l’art n’est pas défini seulement par l’argent, mais beaucoup parmi eux pensaient que si un tel œuvre comme N5 coûte autant, ce « tableau »  aussi doit coûter cher, sans faire attention à la signification de tels facteurs que la technique, l’école à laquelle l’artiste appartenait, la direction suivie par l’artiste, etc., en montrant que la plupart des gens sont prêts à suivre aveuglément les critères et les idées présentés délicatement par les personnes autosuffisantes.

Un autre exemple similaire est l’expérience des utilisateurs de Youtube dans le musée d’art contemporain. Ils ont présenté l’une des œuvres de 10 euros d’IKEA et ont demandé aux visiteurs du musée d’exprimer leurs opinions. Ils étaient impressionnés par cette œuvre et l’un d’entre eux l’a appelé « incroyable ». Ils étaient convaincus tous que c’était une œuvre d’art très valeureux.

La chose la plus intéressante est que beaucoup d’entre eux sinon tous ne seraient pas impressionnés par le tableau s’ils savaient sa vraie histoire, on peut conclure cela de leurs expressions faciales après avoir appris la vérité. Cette expérience a confirmé le fait que si quelque chose est dans le musée ou la galerie et a un auteur prétendument bien connu, c’est un chef d’œuvre et doit être de grande valeur, plus la galerie est prestigieuse, plus le prix de l’œuvre est élevé. Est-ce vraiment le cas ?

Le prix et la valeur de l’art de grande valeur

En général, en pensant à l’art beaucoup croient que la valeur d’art dépend de son évaluation esthétique. Mais cela ne concerne pas l’art contemporain. Comme on a mentionné ci-dessus, l’une des raisons est qu’il n’y a pas de critères globaux de qualité dans l’art contemporain. Ainsi, il est presque impossible de déterminer la valeur esthétique de l’œuvre ou de décider s’il a, en général, une valeur esthétique, ou pas. À ce stade, il devient plus facile de manipuler les masses qui connaissent mal le domaine et de fixer le prix que les médiateurs veulent. Don Thompson, qui est professeur à l’école de business Stern de l’Université de New York et l’auteur du livre L’affaire du requin qui valait douze millions : l’étrange économie de l’art contemporain écrit dans son livre que la formule du prix d’art est la suivante : plus l’œuvre est grande, plus le prix est élevé. Lorsque l’œuvre est présentée au monde et doit être vendue, le facteur le plus important et prioritaire pour déterminer le prix est la réputation de l’artiste, mais si l’artiste est un débutant et, par conséquent, n’a pas d’autorité, c’est la réputation du médiateur qui joue un rôle pendant la prise de la décision. Mais il y a une partie qui prend toutes les décisions en fait : dans le monde d’art les prix sont décidés par les galeries. Les galeries manipulent les prix tellement, que cela serait considéré comme illégal dans de nombreux domaines. Aujourd’hui c’est à l’aide de l’approbation d’un groupe de galeries d’art, de collectionneurs et de musées qu’on décide ce qui est bien et valeureux, et ce qui ne l’est pas. Bien entendu, le médiateur ne peut pas surestimer l’œuvre, car ce n’est pas professionnel de réduire le prix quand ce n’est pas vendu, c’est aussi un marché, mais ici les réductions sont inacceptables. Les galeries vont choisir de renoncer à l’artiste que d’abaisser le prix de l’œuvre, car ce comportement est un mauvais signe pour la valeur des œuvres de l’artiste et la fiabilité de la galerie. C’est pourquoi la journaliste et l’économiste Allison Schrager écrit : « Les grandes galeries gardent les prix secrets, pour pouvoir ensuite les changer en fonction de l’acheteur ». Maintenant, il semble que les acheteurs soient victimes de fraude, mais, en réalité, ils sont impliqués dans cette fraude. De nombreux collectionneurs paient des sommes énormes pour rendre leur collection plus valeureuse pour l’œuvre de l’artiste, dont ils ont déjà les autres œuvres. L’achat de l’œuvre d’art est également utilisé pour le blanchiment d’argent. Dans de nombreux pays, par exemple, aux États-Unis pour tromper leur gouvernement une autre fraude est le fait que les collectionneurs riches font des dons pour lesquels ils sont exonérés d’impôts. Mais il est intéressant de noter qu’ils ne font pas de dons au prix qu’ils avaient acheté, mais ils engagent leurs évaluateurs pour déterminer le prix qu’ils souhaitent pour la collection soumise à la donation.

Même étant exonérés d’impôts, ils ne remettent pas leur collection. Beaucoup créent des galeries personnelles et leur seul inconvénient léger est de les rendre accessible au public en autorisant un accès uniquement sur rendez-vous, pour un temps limité, seulement quelques mois par an, etc.

Ainsi, le marché de l’art contemporain de grande valeur est une chaîne vicieuse de galeries qui gardent intentionnellement les prix secrets pour avoir le plein pouvoir et le contrôle sur le marché, pour déterminer ce qui est un chef d’œuvre contemporain, ce qui ne l’est pas, des médiateurs qui vendent leur artiste en utilisant de différents types de marketing acceptables et inacceptables, des collectionneurs qui achètent les œuvres pour utiliser pleinement la somme investie dans l’art contemporain à l’avenir. En dehors de ce cercle sont les gens ordinaires qui suivent aveuglément les critères établis par les galeries et les médiateurs, ou se moquent du marché et de l’art contemporain, en général. Dans ce cas, les artistes en dehors du cercle qui ont un vrai talent, mais de mauvais médiateurs, souffrent, parce qu’ils ne gagnent presque pas d’argent et ils peuvent également être perçus comme faisant partie du mépris du marché de l’art contemporain. Leur art est bien, peut-être meilleur, mais pas assez autoritaire.

Sûrement, il existe de nombreuses œuvres d’art contemporain qui peuvent être fièrement à côté des chefs-d’œuvre du passé, il y a des artistes qui ont du talent, peut-être plus talentueux, que les maîtres du passé et des collectionneurs qui achètent les œuvres pour l’art, sans avoir une intention secrète, mais à cause du marché de l’art contemporain, qui est plein de fraudes, il est impossible de distinguer le vrai art du faux, ce marché perd ainsi progressivement sa position et sa confiance, mais continue à rester une grosse tromperie.


  1. Arnason, H. « History of Modern Art: Painting, Sculpture, Architecture, Photography ». Harvard, 1998.
  2. Bowley G., Rashbaum W. K., « Has the Art Market Become an Unwitting Partner in Crime? » The New York Times, 2017.
  3. Cohen P., « Valuable as Art, but Priceless as a Tool to Launder Money ». The New York Times,2013.
  4. Felch J., Smith D., « Inflated Art Appraisals Cost U.S. Government Untold Millions ». Los Angeles Times, 2008.
  5. Mayyasi A., « Why Is Art Expensive? » Priceonomics, 2015.
  6. Schrager A., « High-End Art Is One of the Most Manipulated Markets in the World. » Quartz, 2013.
  7. Thompson D. “The $12 Million Stuffed Shark: The Curious Economics of Contemporary Art.” Palgrave Macmillan, 2008.
  8. https://www.jackson-pollock.org/number-5.jspv
  9. https://www.prageru.com/videos/why-modern-art-so-bad
  10. https://pikabu.ru/story/quotchto_s_yetimi_lyudmi_ne_takquot_2775566
  11. https://www.youtube.com/watch?v=4BlLX03OJRU

Auteur : Tatev Tumanyan. © Tous droits réservés.

Traduit par Olya Harutyunyan


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